Ma Renaissance

Il y a 6 ans, le 26 septembre 2012, exactement, j’ai eu un accident de voiture.

Je me trouvais passagère dans cette voiture qui s’est accidentée seule, aucun autre véhicule n’était impliqué.
Nous avons fait un aquaplaning. Je n’avais aucun contrôle sur la situation.

On revenait du drive mac do et on rentrait  chez moi le manger avec mon compagnon de l’époque. Je n’ai jamais su le goût qu’il avait et je n’ai pas non plus compris ce qu’il se passait lorsque je me suis réveillée.

J’étais en l’air, j’ai ouvert les yeux et ma première image à été des morceaux et du sang qui sortait de ma bouche. Image gravée dans ma mémoire… Mon regard s’est posé plus bas et la, je le vois, je lui parle, je le tape pour qu’il se réveille mais il ne se réveille pas. J’ai peur, je crie à l’aide, je suis persuadée que je vais mourir et d’un coup plus rien…

Quand j’ouvre mes yeux à nouveau, j’entends une femme qui me parle, je ne comprend pas ce qu’elle me dit…
Je crois que les secours arrivent, mais j’ai peur et j’ai mal, je ne comprends pas ce qu’il se passe et de nouveau plus rien…

Les pompiers sont là, ça y est, ils essaient de me sortir, mais ils n’y arrivent pas, je ne comprend pas pourquoi…
« J’ai mal là, j’ai mal aux jambes, aidez moi s’il vous plaît. »
Je les entends, ils pensent que j’ai les jambes broyées, ils appuient, mais « aïe j’ai mal aux jambes »… J’ai trop de poids dessus, je sens que c’est lourd.
Ils me donnent de la morphine pour que je me calme, ils me parlent, ils me rassurent, mais ça ne fonctionne pas, je suis effrayée, entre deux pertes de connaissance, on m’annonce que l’on a eu un accident de voiture.

Je parle à un pompier:
«S’il vous plaît, prévenez mes parents, appelez-les. Où est mon téléphone ? »
«On ne sait pas, mademoiselle » me répond un des pompiers.
«Qu’est-ce qu’il m’arrive, j’ai mal partout, je saigne.. » Je suis dans l’incompréhension la plus totale, la douleur et le choc m’empêche de rester éveillée…

Je ne me souviens pas le moment où ils m’ont désincarcérée, j’apprendrais plus tard que ça a duré 2h30..
Quand je suis arrivé3 à l’hôpital, le pompier m’a dit avant de partir :
« Il faut que je vous dise quelques choses mademoiselle, ce soir vous êtes une miraculée, à 10 cm près, l’arbre était dans votre tête ».
Choc brutal, je viens de me rendre compte que l’on a percuté un arbre et que j’ai bien failli mourir…

Je passe des examens en urgences, mes parents arrivent enfin, ils sont paniqués, ils ne savaient pas dans quel état ils allaient me trouver, ils ont été réveillés à 23 h par les gendarmes qui leur ont annoncé que leur fille avait eu un grave accident de la route..
Je n’ose même pas imaginer la douleur qu’ils ont pu ressentir à l’annonce de cette nouvelle. Ayant des enfants aujourd’hui, je crois que c’est une de mes plus grandes hantises…

J’essaie de me rappeler ce qu’il s’est passé, mais la dernière chose dont je me souviens, c’est cette phrase qu’il m’a dit :
« Attend-on va éclabousser la voiture dans la contre-allée ça va être drôle »…
Quelques secondes après, la voiture est partie, puis plus rien, le trou noir, encore aujourd’hui, je ne le sais pas, mais au fond, je ne suis pas sûre de vouloir savoir.

D’après les témoignages, c’était spectaculaire, on a glissé, prit une souche d’arbre et on s’est encastré dans l’arbre d’après, en entourant l’arbre avec la voiture, je verrais les photos plus tard.
Et bien un arbre, c’est solide… Une voiture beaucoup moins…

Évidemment avec un accident comme celui-ci, j’ai fait la une du Midi-Libre, une vraie star…
Quand mes proches sont venus à l’hôpital me voir, ils m’ont dit de ne surtout pas regarder les commentaires sur l’article en ligne.
La première chose que j’ai faite quand ils sont partis a été de regarder. C’est notre particularité, je pense, nous les humains, se faire encore plus de mal quand on déjà bien souffert…

Après avoir lu les commentaires je suis descendue quelques étages en dessous encore.
Ma première pensée a été : P***** et si t’étais morte dans cet accident, ça n’aurait pas été plus mal finalement…

Lire à quel point, les gens sont irrespectueux fait peur : me juger sans me connaître, dire du mal pour le plaisir, je ne souhaite pas à ces gens de passer par là un jour.
Quelqu’un a même mis un commentaire que je vous cite :
« J’espère que l’arbre va bien » …
Surement quelqu’un qui accorde beaucoup d’importance à la nature…

Quelqu’un d’autre à ajouté :
« C’est bien fait, ils roulaient encore trop vite »
Surement quelqu’un qui a assisté à l’accident avec son radar…

Les gens sont souvent méchants et non que rarement de l’empathie envers autrui.

Au moment de ma lecture, j’étais allongée sur mon lit d’hôpital, défigurée, je ne pouvais pas marcher, j’avais mal partout.
Je n’avais pas le recul que j’ai aujourd’hui, chaque commentaires que je lisais m’enfonçais  le pieux un peu plus profond.
« Mais pourquoi n’étais-je pas morte ? Visiblement, je le mérite »…

J’avais envie de crier, mais au lieu de ça, les seuls sons qui sortaient était mes larmes qui coulaient le long de mes joues.

Le lendemain, j’ai demandé à aller voir mon compagnon de cette époque là, lui était en soins intensifs, dans le coma…
La seule condition pour que je puisse y aller était de marcher. À vrai dire j’étais tellement en colère et inquiète pour lui que je me suis levée, j’ai marché.
Je ne sais pas comment, car à chaque pas je hurlais intérieurement, mais il le fallait…

Je ne sais toujours pas comment j’ai pu mettre ma douleur de côté à ce point, mais visiblement quand on veut, on peut.

Au bout de quatre jours, l’hôpital m’a laissée  sortir en me disant que je n’avais rien. J’avais beaucoup de mal à y croire, mais bon pourquoi pas… J’ai demandé à ma mère qu’elle me raccompagne à ma voiture : « Maman, si je ne reprends pas le volant maintenant, je ne pourrais plus jamais le reprendre. » C’est comme une chute à cheval, si ta peur prend le dessus, c’est fini.
Me voilà au volant de ma voiture, je ne suis pas tranquille, j’ai peur et surtout j’ai mal.
Il se met à pleuvoir, je crois que l’univers m’en veut … ou me teste.
J’ai réussi à conduire, je ne savais pas encore à quel prix, mais j’ai réussi.

Première Victoire !!

La suite de cet article sera sur la reconstruction malgré les séquelles, car évidemment, l’hôpital m’a laissée sortir un peu trop vite…

Charlotte Haller

4 thoughts on “Ma Renaissance

  1. Pioufff quelle histoire …. j’ai été captiver comme les romans d’amour que j’ai pu livre. Vous avez un vrai don pour l’écriture . Hormis cela votre histoire est tellement triste et dur … Le passage évoquer de vos parents à leur réveil ma renvoyer à mes enfants et à la peur qu’un jour une chose pareil leur arrivent … bref hâte de lire la suite ! Merci pour ce partage intimement douloureux de votre passé, présent et sûrement avenir…

    1. Bonjour Marion, je suis très touchée par votre commentaire, merci <3
      Ce n'est pas entièrement triste, je suis en vie et heureuse aujourd'hui, c'est une histoire qui se termine bien, comme dans les romans d'amour 😉
      C'est également une de mes plus grande peur, je crois que c'est la peur de tout parents...
      La suite arrive très vite
      Merci à toi

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